Réunie à l’Hôtel Montana, la coalition propose un exécutif bicéphale et une conférence nationale inclusive pour sortir le pays de l’impasse
C’est dans les salons de l’Hôtel Montana que l’Opposition progressiste a choisi de rendre public un mémoire politique de fond, fruit d’une réflexion collective menée par les nombreuses formations qui composent cette coalition, parmi lesquelles l’Opposition Plurielle de Jeantel Joseph, KONVIKSYON POU CHANJMAN de Lucner Désir et Émergence Patriotique entre autres. Loin d’un simple exercice de communication, le document se veut une radiographie complète de la crise haïtienne, assortie de propositions concrètes pour en sortir.
Le mémoire s’ouvre sur un constat implacable : l’État haïtien traverse une crise à la fois politique, institutionnelle et sécuritaire, dont les racines, selon les auteurs, ne datent pas d’hier. Ils font remonter les premières fractures du pouvoir à la période qui a suivi l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, moment charnière où, écrivent-ils, une logique de captation du pouvoir par des élites successives s’est installée durablement, au détriment du bien commun. Cette dynamique historique, loin d’être un simple rappel académique, sert de clé de lecture à l’ensemble du document : pour l’Opposition progressiste, les crises contemporaines ne sont que les manifestations les plus récentes d’un mal beaucoup plus ancien.

Le texte s’attarde longuement sur la question des inégalités territoriales, qu’il présente comme l’un des moteurs structurels de l’instabilité chronique du pays. Selon les signataires, une partie relativement restreinte du territoire national continue de concentrer l’essentiel des infrastructures, des services publics et des centres de décision politique et économique, tandis que de vastes régions demeurent privées d’un accès minimal à l’éducation, à la santé ou à la sécurité. Cette fracture, loin de se résorber, se serait même approfondie au fil des dernières décennies, nourrissant un sentiment d’exclusion qui alimente à son tour la défiance envers l’État central.
Sur le plan strictement politique, le mémoire dresse un bilan des tentatives — le plus souvent avortées — de consolidation démocratique. La présidence de Dumarsais Estimé y est citée comme l’un des rares moments où le pays a semblé s’engager sur la voie d’une stabilisation véritable. Mais ces efforts, soulignent les rédacteurs, n’ont jamais été suivis d’effet durable, faute d’institutions suffisamment solides pour résister aux crises successives et aux ruptures de l’ordre constitutionnel. Le document se montre par ailleurs particulièrement sévère à l’égard des administrations les plus récentes : celles d’Ariel Henry, puis d’Alix Didier Fils-Aimé, sont directement mises en cause pour avoir, selon l’Opposition progressiste, accéléré la dégradation de la gouvernance publique, creusé le fossé de confiance entre les citoyens et leurs institutions, et laissé l’insécurité s’installer durablement sur l’ensemble du territoire.
Face à ce diagnostic sombre, l’Opposition progressiste ne se contente pas de dénoncer : elle avance une architecture de sortie de crise articulée autour de deux piliers. D’une part, l’instauration d’un exécutif bicéphale, censé rééquilibrer l’exercice du pouvoir et éviter les dérives de concentration qui, selon le mémoire, ont historiquement fragilisé la gouvernance haïtienne. D’autre part, l’organisation d’une conférence nationale inclusive, conçue comme un espace de dialogue rassemblant l’ensemble des forces vives du pays — partis politiques, société civile, secteur privé et diaspora. Pour ses initiateurs, cette double démarche doit permettre de restaurer progressivement la confiance entre les citoyens et leurs institutions, de reconstruire un cadre de gouvernance stable, et de créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections libres, crédibles et acceptées par l’ensemble de la classe politique.
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