Cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, la justice américaine a condamné neuf personnes impliquées dans le complot ayant conduit au crime. Toutefois, malgré ces avancées judiciaires, les véritables commanditaires politiques et économiques de cette opération demeurent inconnus, laissant planer de nombreuses interrogations sur les responsabilités profondes.

Le 8 mai 2026, un jury fédéral de Miami a rendu son verdict dans l’affaire de l’assassinat de Jovenel Moïse, condamnant quatre nouveaux accusés pour leur implication dans le complot. Ces condamnations portent à neuf le nombre de personnes reconnues coupables ou condamnées aux États-Unis, dont plusieurs ont été condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité.
Parmi les condamnés figurent Rodolphe Jaar, John Joël Joseph, Germán Alejandro Rivera García, Joseph Vincent et Mario Palacios, qui ont écopé de peines de prison à vie pour leur rôle dans cette affaire.
Cependant, ces décisions judiciaires ne permettent toujours pas d’établir toute la vérité. Les personnes considérées comme les éventuels commanditaires de haut niveau restent absentes des procédures judiciaires. En Haïti, aucun procès n’a encore eu lieu, cinq ans après l’assassinat du chef de l’État.
Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, un commando armé composé d’anciens militaires colombiens, de policiers haïtiens et d’autres ressortissants étrangers a pénétré dans la résidence privée du président, à Pèlerin 5, à Pétion-Ville. Jovenel Moïse a été tué par balles et son épouse, Martine Moïse, grièvement blessée. L’absence de réaction des unités chargées de la protection présidentielle demeure l’un des points les plus controversés de l’enquête.
Plusieurs zones d’ombre persistent : le rôle exact des unités de sécurité présidentielle, le financement complet de l’opération, l’identité de ceux qui ont transformé une opération initialement présentée comme une arrestation en assassinat, ainsi que le contenu du serveur de vidéosurveillance de la résidence présidentielle.
Des personnalités citées dans le dossier, notamment d’anciens responsables politiques et sécuritaires, n’ont toujours pas été jugées. Cette situation alimente les critiques de plusieurs organisations de défense des droits humains, qui estiment que les condamnations prononcées ne représentent qu’une partie de la vérité.
L’accès au serveur de vidéosurveillance de la résidence présidentielle demeure également une question majeure. Cinq ans après le crime, son contenu n’a toujours pas été exploité publiquement dans le cadre d’un procès. De même, les documents et appareils électroniques emportés lors du raid n’ont jamais fait l’objet d’un inventaire officiel complet.
Pour plusieurs observateurs, l’affaire Jovenel Moïse illustre une difficulté majeure : il est possible d’obtenir des condamnations sans parvenir à identifier ceux qui ont planifié et ordonné un crime politique d’une telle ampleur, fait remarquer Me Joinet Merzius.
Cinq ans après la disparition de Jovenel Moïse, la justice a condamné plusieurs exécutants présumés, mais la question essentielle demeure sans réponse : qui sont les véritables auteurs intellectuels de cet assassinat ? Tant que cette interrogation restera sans réponse, toute la vérité sur la mort du président haïtien continuera d’échapper à la justice.
Berlinda Jean Paul
Lentille Info
En savoir plus sur Lentille Info
Subscribe to get the latest posts sent to your email.