Le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), l’économiste Ronald Gabriel, a présenté les perspectives économiques du pays lors d’une conférence de presse tenue mardi 21 juillet 2026 à Delmas 60. Il estime que l’économie haïtienne devrait encore connaître une contraction en 2026, malgré certains signes de stabilité dans le système financier, le taux de change et les réserves internationales.

Les projections économiques restent préoccupantes pour Haïti, selon le gouverneur de la Banque centrale. Ronald Gabriel indique que les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), de la BRH, du ministère de l’Économie et des Finances ainsi que de l’IHSI annoncent une contraction du produit intérieur brut (PIB) comprise entre 1,5 % et 1,7 % pour la fin de l’exercice 2026.
Le gouverneur explique que le ralentissement de l’activité économique réduit les capacités de l’État à mobiliser des ressources publiques. Il précise que la baisse des recettes limite la capacité du gouvernement à répondre aux besoins sociaux croissants.
Selon Ronald Gabriel, les dépenses publiques continuent toutefois d’augmenter alors que les ressources progressent plus lentement. Cette situation crée un déséquilibre qui complique davantage la gestion des finances publiques.
Le responsable de la BRH souligne également que le financement monétaire reste légèrement éloigné des objectifs fixés entre la Banque centrale et le ministère de l’Économie et des Finances. Il rappelle que cette situation doit aussi respecter les engagements pris dans le cadre du programme SMP avec le Fonds monétaire international.
Sur le plan extérieur, le gouverneur de la BRH fait état d’un déficit commercial qui continue de se creuser. Il explique que ce déficit atteint 12,47 %, car Haïti importe davantage de biens et services qu’il n’en exporte.
Cette situation reflète, selon lui, une caractéristique structurelle de l’économie haïtienne.
Les transferts de la diaspora soutiennent encore l’économie nationale
Malgré les inquiétudes liées au durcissement des politiques migratoires dans certains pays partenaires, notamment aux États-Unis, les transferts de la diaspora continuent d’apporter un soutien important à l’économie haïtienne.
Ronald Gabriel indique que les transferts sans contrepartie ont enregistré une hausse de 15,5 % durant les huit premiers mois de l’exercice 2026, soit entre octobre et mai.
Cette augmentation représente environ 3,4 milliards de dollars américains transférés vers Haïti.
Le gouverneur rappelle que les transferts avaient atteint environ 5 milliards de dollars américains durant l’exercice 2024-2025.
Il estime toutefois que l’évolution future de ces ressources dépendra de plusieurs facteurs, notamment des politiques migratoires adoptées par les pays partenaires et de la situation économique internationale.
L’insécurité reste le principal obstacle aux investissements en Haïti
Pour Ronald Gabriel, les résultats des politiques économiques mises en place restent fortement liés à l’évolution de la situation sécuritaire.
Le gouverneur affirme que l’insécurité constitue une contrainte majeure pour les investisseurs et les entreprises. Il explique que les acteurs économiques hésitent à investir dans des zones où leurs activités restent exposées à des risques élevés.
Selon lui, cette situation affecte également le système financier. Il souligne que certaines entreprises ayant des engagements importants auprès des banques évoluent dans des zones difficiles, notamment à Port-au-Prince et dans certaines zones de Carrefour.
Le gouverneur estime que cette réalité explique en partie le niveau encore élevé des impayés dans le système bancaire, même si une amélioration est observée.
Il rappelle que les perspectives économiques restent donc conditionnées par une amélioration durable du climat sécuritaire.
La BRH maintient une politique monétaire prudente face à l’inflation
Face à une inflation proche de 20 %, certains acteurs économiques s’interrogent sur la décision de la Banque centrale de maintenir son taux directeur inchangé.
Ronald Gabriel explique que la BRH adopte une politique monétaire prudente afin de trouver un équilibre entre la lutte contre l’inflation et le soutien à la croissance économique.
Le gouverneur précise que l’inflation actuelle ne provient pas principalement d’une expansion monétaire excessive. Selon lui, les pressions inflationnistes résultent surtout des chocs d’offre et des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.
Il estime qu’une hausse du taux directeur dans ce contexte pourrait produire des effets négatifs sur les entreprises, notamment celles qui ont déjà des difficultés financières.
Selon Ronald Gabriel, une modification du taux directeur entraînerait automatiquement une hausse des taux appliqués par les institutions financières. Cette évolution pourrait rendre plus difficile le remboursement des crédits par les entreprises et les ménages.
La BRH prévoit donc de maintenir ses taux directeurs inchangés dans l’immédiat.
La BRH mise sur la stabilité du taux de change grâce aux réserves
Malgré les incertitudes économiques, la Banque centrale prévoit une certaine stabilité du taux de change jusqu’à la fin de l’exercice.
Ronald Gabriel explique que la BRH dispose actuellement d’environ 1,9 milliard de dollars américains de réserves nettes de change. Il affirme que ces réserves permettent à l’institution d’intervenir en cas de déséquilibre entre l’offre et la demande de devises.
Le gouverneur indique également que la BRH poursuit une politique de gestion de la liquidité à travers les instruments disponibles, notamment les bons et les obligations de la Banque centrale.
Il précise que les obligations de la BRH offrent un taux d’intérêt nominal de 7 %, avec une protection liée à une éventuelle dépréciation du taux de change.
Selon lui, cette stratégie contribue à réduire la pression sur le marché des changes en offrant une alternative aux agents économiques qui cherchent à protéger leurs avoirs.
La BRH renforce le contrôle des changes contre les activités criminelles
La Banque centrale poursuit également ses efforts pour mieux encadrer les transactions de change réalisées en Haïti.
Ronald Gabriel rappelle que la circulaire 142 ter établit des règles visant à renforcer la transparence des opérations de change et à intégrer davantage ces transactions dans le système financier officiel.
Le gouverneur explique que certaines opérations réalisées en dehors du système bancaire ont contribué par le passé à créer des taux de change incontrôlés.
Il ajoute que ces pratiques représentent aussi un risque important pour la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement des activités criminelles.
La Banque de la République d’Haïti prévoit une année 2026 difficile pour l’économie haïtienne avec une nouvelle contraction du PIB. Malgré ce contexte, Ronald Gabriel estime que la stabilité du système financier, le niveau des réserves de change et la résilience des banques constituent des éléments importants pour préserver les bases d’une future reprise économique. Toutefois, la BRH rappelle que l’amélioration durable de la sécurité demeure une condition essentielle pour relancer les investissements et accélérer la croissance.
Jean Allens Macajoux
Lentille Info
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