Face aux retards majeurs du processus électoral et aux défis sécuritaires en Haïti, l’avocat, politologue et ancien coordonnateur du PNCS, Kevenot Dorvil, plaide en faveur de l’inscription en ligne des électeurs. En s’appuyant sur une proposition de modernisation administrative, il soutient cette alternative technologique pour faciliter l’enregistrement de millions de citoyens avant les prochaines échéances.
Le constat de départ est sans appel. Un mois après le lancement des opérations par le Conseil électoral provisoire (CEP), la journaliste Jacqueline Charles, du Miami Herald, a rapporté sur son compte X que seuls 282 000 citoyens s’étaient inscrits sur un vivier de 6,4 millions de détenteurs d’une carte d’identité nationale. Ce constat met en lumière un décalage frappant entre les objectifs fixés et la réalité du terrain.
À cette lenteur administrative s’ajoute le mur de l’insécurité. Avec plus de 1,4 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, selon les données du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), exiger des citoyens qu’ils se déplacent physiquement dans des bureaux fixes relève souvent du parcours du combattant, entre risques majeurs et coûts financiers.
Pour répondre à ces contraintes, la réflexion portée par le juriste met en avant l’utilisation des technologies quotidiennes. À l’image des services financiers mobiles déjà ancrés dans les habitudes de la population, comme MonCash ou NatCash, la création d’une application sécurisée baptisée « Haïti Électeur » permettrait aux citoyens, depuis n’importe quelle commune du pays, de créer un compte, d’envoyer leurs pièces, de suivre leur dossier et de recevoir leurs notifications à distance.
Une telle modernisation concernerait uniquement l’enregistrement sur les listes électorales, sans toucher au mode de scrutin.
Afin d’éviter que la technologie ne crée une nouvelle forme d’exclusion pour ceux qui n’ont ni smartphone ni accès à Internet, l’analyse préconise une formule hybride. Celle-ci combinerait la plateforme en ligne au maintien des bureaux traditionnels, tout en déployant des centres d’assistance municipaux et des unités mobiles animés par des agents formés pour accompagner gratuitement les citoyens.
Pour garantir la confiance, le projet place la cybersécurité et la transparence au premier plan, grâce au chiffrement des données, à l’authentification forte, à des audits indépendants et à un système de détection des doublons.
Au-delà des élections, cette infrastructure permettrait également de rapprocher l’État de la diaspora, en offrant aux Haïtiens vivant à l’étranger un accès direct à certaines démarches et à des services publics en ligne.
À l’heure où des nations comme l’Estonie, le Rwanda ou l’Inde ont démontré les possibilités offertes par la numérisation administrative, Haïti se trouve à la croisée des chemins pour adapter ces modèles à sa propre réalité.
Moderniser le registre électoral ne consisterait pas seulement à faciliter l’organisation d’un scrutin. Ce serait aussi poser une première pierre vers la construction de l’État numérique haïtien de demain.
Tessie O. Blanchard
LentilleInfo
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