Haïti traverse une crise profonde qui fragilise presque tous les secteurs de la vie nationale. Dans ce contexte, les regards se tournent souvent vers les dirigeants politiques, les institutions, les acteurs économiques ou encore les puissances étrangères. Pourtant, une question essentielle demeure : quelle part de responsabilité revient à nos élites dans cette situation ?
La connaissance doit guider les décisions
Haïti ne manque ni d’intelligence ni de compétences. Le pays compte des universitaires, des médecins, des ingénieurs, des juristes, des économistes, des chercheurs et de nombreux professionnels qualifiés.
Le médecin estime que le véritable défi réside plutôt dans notre incapacité à placer suffisamment la raison, la science et la connaissance au cœur des décisions politiques et des politiques publiques.
« Trop souvent, l’émotion prend le dessus sur les faits, les convictions sur les données et les intérêts particuliers sur l’intérêt collectif », observe-t-il. Selon lui, le pays débat beaucoup, mais évalue trop peu. Les décisions sont parfois prises sans diagnostic suffisamment rigoureux et les politiques publiques sont rarement corrigées en fonction de leur efficacité réelle.
Gouverner un pays moderne devrait pourtant reposer sur une démarche claire : observer, comprendre, analyser, décider, mesurer et corriger.
La science, rappelle le médecin, ne fournit pas toutes les réponses. Elle offre cependant une méthode permettant de distinguer les faits des opinions, mais aussi les solutions efficaces des illusions.
Cette démarche implique une responsabilité particulière pour l’élite intellectuelle. L’intellectuel ne devrait pas se limiter à commenter les crises. Il doit également contribuer à leur prévention, éclairer les décisions et proposer des solutions fondées sur les connaissances.
Une responsabilité collective des élites
Cette responsabilité dépasse le seul cercle des intellectuels. Elle concerne également les élites politiques, économiques, professionnelles, universitaires et médiatiques. Chacun doit pouvoir s’interroger sur sa contribution à la construction ou à l’affaiblissement de la nation.
L’obstétricien-gynécologue considère que le savoir ne doit pas être considéré comme un simple moyen d’ascension personnelle. Il représente également une responsabilité envers la société.
Haïti doit ainsi développer une nouvelle culture politique. Les décisions doivent davantage s’appuyer sur les faits, l’expertise doit être valorisée et les politiques publiques doivent faire l’objet d’évaluations régulières. La compétence doit également primer sur la proximité et l’appartenance.
« Nous devons réhabiliter la raison dans notre débat national. Nous devons remettre la science au cœur de la décision », plaide-t-il.
L’université doit, elle aussi, jouer pleinement son rôle dans cette transformation. Le médecin souligne les initiatives déjà engagées sous le leadership du recteur Dr Predelus, ainsi que la contribution du doyen de la FDSE, le professeur Pierre-Louis.
En s’appuyant sur une réflexion attribuée à Albert Einstein, il rappelle que le privilège du savoir impose également un devoir d’action : « Qui a le privilège du savoir a le devoir d’agir. »
Autrement dit, ceux qui bénéficient du savoir, du pouvoir ou de la réussite ont aussi le devoir de contribuer à l’avenir collectif.
La reconstruction d’Haïti ne pourra donc pas être uniquement matérielle ou institutionnelle. Elle devra également être intellectuelle et morale.
Pour le médecin , le changement de mentalité des élites constitue une étape préalable à toute transformation véritable du pays. Changer Haïti exige d’abord de changer notre manière de penser, de décider et d’agir, croit dur comme le Dr Grégory Beaugé.
LentilleInfo
En savoir plus sur Lentille Info
Subscribe to get the latest posts sent to your email.