« Vos engagements, nos droits ». C’est autour de ce slogan que se sont tenues, le mardi 15 septembre 2026, les Assises nationales citoyennes, organisées à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie. La rencontre a réuni en ligne plusieurs acteurs de la société civile autour d’une question centrale : comment faire en sorte que les engagements publics se traduisent concrètement dans la vie quotidienne de la population ?
Le Refuge des Femmes d’Haïti, le Refuge des Femmes d’Haïti-Canada et la FEDOFEDH ont placé les enjeux de sécurité, de démocratie, d’élections et de participation des femmes au cœur des échanges. Le thème retenu était : « Haïti à la croisée des chemins : sécurité, démocratie, élections et participation des femmes. Quel avenir pour la Nation ? »
Pour les organisateurs, la démocratie ne se limite pas à l’organisation d’élections. Elle repose également sur la protection des droits, l’accès à la justice, la participation citoyenne et la capacité des institutions à rendre compte de leurs actions.
La responsabilité publique au centre des débats
Novia Augustin, fondatrice du Refuge des Femmes d’Haïti, présidente de la FEDOFEDH et fondatrice du Refuge des Femmes d’Haïti-Canada, a placé la responsabilité publique au centre de son intervention. Elle a rappelé que les citoyens doivent pouvoir suivre les engagements pris par les institutions, questionner l’action publique et demander des comptes aux responsables.
Cette exigence de redevabilité a été abordée à travers plusieurs secteurs de la société.
Sécurité, élections et inclusion
Melissa Sainfa, cofondatrice de Success Women Haïti et défenseure des droits des personnes handicapées, a attiré l’attention sur la situation des personnes handicapées dans le contexte de la crise sécuritaire. Elle a plaidé pour leur protection et leur inclusion dans le processus électoral, notamment grâce à l’accessibilité des bureaux de vote.
La sécurité et les conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles ont également occupé une place importante dans les échanges.
Akao Gerson Dominique, responsable de l’IJDGL, a appelé la société civile, particulièrement les jeunes, à se mobiliser face à la situation sécuritaire. Il a également invité les citoyens à exiger des autorités des résultats concrets permettant de créer les conditions nécessaires à une participation citoyenne effective et à la tenue d’élections crédibles.
L’IJDGL préconise le démantèlement, le désarmement et la réinsertion des groupes armés. L’organisation appelle également les différents secteurs de la société à adopter une position commune face à l’urgence sécuritaire.
En l’absence de résultats tangibles dans le délai attendu, elle propose l’ouverture d’une concertation nationale réunissant les différents secteurs de la société.
Le suivi de ces recommandations doit débuter le 17 octobre 2026.
Femmes, gouvernance et accès aux services
La gouvernance locale et la participation des femmes ont également été abordées. Au nom de l’IGGEP, le professeur Marc Hugo Renaudin a plaidé pour une meilleure intégration de la dimension de genre dans les politiques publiques, notamment dans le secteur de l’accès à l’eau.
Jeffthanie Mathurin, directrice exécutive de l’ASFH, a abordé la santé des femmes sous l’angle de la sécurité humaine. Elle a insisté sur l’importance de l’accès aux soins dans la participation des femmes à la reconstruction du pays.
À Kenscoff, Maxy Exavier Odné a dénoncé ce qu’il considère comme le laxisme et la complicité des autorités policières face aux massacres enregistrés dans la commune.
La protection sociale et la responsabilité des médias
La protection sociale a également fait partie des sujets abordés. Joubert Rochefort a appelé au renforcement des mécanismes d’accompagnement des citoyens et à la mise en place d’autorités de protection sociale chargées notamment d’assurer un rôle de régulation.
La responsabilité de la presse a, elle aussi, été évoquée. Georges Allen, journaliste à Radio Télévision Caraïbes, a plaidé pour une plus grande responsabilisation des professionnels de l’information dans l’exercice de leur métier.
Les Assises ont également réuni Mikerlange Registe, coordonnatrice de la CJH, Shelsa Philius, coordonnatrice du CEDHA, ainsi que Saintil Wilnie, représentante du secteur femmes au CCM Haïti, directrice exécutive d’EPG et coordonnatrice générale de PLAFASOK.
Des recommandations à suivre
Pour les organisateurs, les Assises ne doivent pas se limiter à établir un diagnostic de la situation du pays. Les différentes interventions doivent déboucher sur des recommandations concrètes, qui seront intégrées à un processus de plaidoyer et de suivi.
Plusieurs documents sont prévus, notamment un Rapport des Assises nationales, une Déclaration citoyenne, une Matrice des recommandations et de redevabilité, ainsi qu’un document de plaidoyer.
Le 17 octobre 2026 doit constituer une nouvelle étape du processus. Cette date doit notamment permettre la restitution des recommandations, le dialogue avec les décideurs, la recherche d’engagements institutionnels et le lancement d’un mécanisme citoyen de suivi.
À travers cette démarche, les organisateurs souhaitent faire de la participation citoyenne un moyen de suivre l’action publique, d’exiger la redevabilité des institutions et de défendre les droits de la population dans un contexte marqué par une crise sécuritaire, institutionnelle et sociale.
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