Dans son dernier rapport sur Haïti, le Groupe d’experts des Nations unies met en lumière les liens présumés entre certains acteurs politiques, des réseaux criminels et des activités illicites. Parmi les personnalités citées figurent l’ancien sénateur des Nippes Nenel Cassy, l’ancien député de Kenscoff Alfrédo Junior Antoine et l’ancien sénateur du Nord Jean-Charles Moïse. Les dossiers concernent notamment les groupes armés, les violences à Kenscoff et le commerce illicite des civelles.
L’ancien sénateur des Nippes Nenel Cassy est accusé par le Groupe d’experts d’avoir soutenu des acteurs armés à des fins politiques. Le rapport affirme qu’il contrôlerait un groupe criminel appelé « BLTS », actif notamment à Chalon, dans la commune de Miragoâne. Selon les experts, ce groupe serait impliqué dans plusieurs activités criminelles, notamment le trafic d’armes, les enlèvements contre rançon, les meurtres, les viols collectifs et les vols à main armée.
Le rapport associe également Nenel Cassy à la création de Fantôme 509, un groupe apparu en 2018 et impliquant notamment des policiers armés. Les experts l’accusent aussi d’avoir participé à des projets visant à déstabiliser le pays, notamment à travers des attaques envisagées contre des infrastructures aéroportuaires et des réunions liées aux violences à Kenscoff.
Arrêté le 2 août 2025 pour plusieurs chefs d’accusation, dont le financement de groupes criminels et le complot contre la sûreté de l’État, Nenel Cassy a été libéré le 19 août de la même année. Le Groupe d’experts rapporte que, malgré les déclarations officielles faisant état d’un réexamen du dossier, des sources proches de l’enquête ont affirmé que l’affaire avait été classée sans suite.
À Kenscoff, le rapport s’intéresse également à l’ancien député Alfrédo Junior Antoine. Selon les experts, il aurait, depuis au moins 2016, armé et soutenu des groupes de jeunes dans la région à des fins politiques. Certains de ces groupes auraient ensuite évolué en gangs ou rejoint des organisations criminelles.
Alfrédo Junior Antoine est surtout cité dans le cadre de l’attaque du 27 janvier 2025 à Kenscoff. Le Groupe d’experts le présente comme l’un des principaux soutiens présumés de cette attaque, qui avait fait plus d’une centaine de morts et entraîné des actes de violence sexuelle, des pillages et l’incendie de maisons.
Le rapport fait également état de liens présumés entre Antoine et plusieurs acteurs armés, dont Vitelhomme Innocent et des membres de « Viv Ansanm ». Il affirme qu’il aurait participé à des réunions ayant conduit à des attaques contre Kenscoff.
Arrêté en avril 2025 pour des accusations liées notamment au financement d’organisations criminelles, à la complicité de meurtre et à une association de malfaiteurs, Alfrédo Junior Antoine a été libéré en mai 2025. Dans une réponse adressée au Groupe d’experts, il a contesté ses liens avec les gangs. Après examen de sa réponse, les experts ont indiqué maintenir leurs conclusions.
Le troisième dossier concerne Jean-Charles Moïse, ancien sénateur du Nord, ancien candidat à la présidence et secrétaire général du parti Pitit Dessalines. Le Groupe d’experts s’est particulièrement intéressé à son influence présumée sur le commerce des civelles, une activité très lucrative mais peu réglementée en Haïti.
Selon le rapport, un kilogramme de civelles peut se vendre entre 3 000 et 5 000 dollars sur le marché international, alors que les pêcheurs haïtiens les vendent à des prix nettement inférieurs sur le marché local. Les experts estiment que ce secteur reste exposé à la corruption et à la contrebande.
Le rapport affirme que Jean-Charles Moïse exercerait une influence importante sur la chaîne d’approvisionnement, notamment sur la délivrance des permis d’exportation et certains agents des douanes. Les experts l’accusent également de diriger un réseau d’exportateurs illicites lié à un réseau régional de contrebande dans les Caraïbes.
Selon les conclusions de l’enquête, son réseau aurait notamment utilisé des circuits clandestins pour faire sortir des civelles d’Haïti vers la République dominicaine, avec la complicité présumée de certains acteurs douaniers et de propriétaires d’embarcations.
À travers ces trois dossiers, le Groupe d’experts met en évidence ce qu’il décrit comme l’imbrication de réseaux politiques, économiques, criminels et sécuritaires en Haïti. Le rapport souligne que ces connexions présumées alimentent les activités illicites et compliquent les efforts visant à rétablir l’autorité de l’État et à lutter contre l’impunité. Les personnes citées demeurent présumées innocentes tant qu’elles n’ont pas été condamnées par une décision de justice définitive.
Berlinda Jean Paul
LentilleInfo
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