Éducation : des syndicats d’enseignants doutent de la volonté du ministre Déméro de satisfaire les revendications des agents éducatifs
Des syndicats d'enseignants sortent de leur mutisme, un mois après que Viljonet Déméro a pris les commandes du ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Ces structures syndicales voient dans les premières actions du titulaire du MENFP un manque de volonté à engager des négociations pour satisfaire les revendications des agents éducatifs.

Le coordonnateur général de l’Union Nationale Normale des Enseignants et Enseignantes d’Haïti (UNNOEH), Kensone Délice, a vivement critiqué ce jeudi la gestion du ministère de l’Éducation nationale dirigé par Viljonet Déméro. Lors d’une conférence de presse conjointe ce jeudi 9 avril 2026, le syndicaliste a dénoncé un manque de dialogue, une gestion jugée « personnelle » du ministère et des conditions de travail de plus en plus difficiles pour les enseignants haïtiens.
Un front syndical uni face au ministère
Aux côtés de l’UNNOEH, la Confédération nationale des éducatrices et éducateurs d’Haïti, la Fédération nationale des travailleurs en éducation et en culture et le Groupe d’Initiative des Enseignants en Lutte ont exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils qualifient de « dérives » dans la gestion du système éducatif.
« Nous avons toujours agi de bonne foi », a insisté Kensone Délice, rappelant que les syndicats avaient choisi d’observer les premiers pas du ministre avant de se prononcer. Mais à peine un mois après sa prise de fonction, le constat est jugé alarmant.
Selon le syndicaliste, aucune initiative concrète n’a été prise pour instaurer une table de négociation, pourtant essentielle pour aborder les revendications du secteur public de l’éducation. « Le ministre ne peut pas prétendre ignorer ces revendications », a martelé le coordonnateur général de l’UNNOEH.
Des revendications anciennes, mais toujours sans réponse
Au cœur des revendications figure l’application du statut particulier du personnel éducatif, publié en mars 2014 dans le journal officiel Le Moniteur. Ce document clé prévoit une gestion des enseignants basée sur leurs compétences, leur expérience et leur ancienneté.
Les syndicats exigent également l’ouverture urgente de discussions avec le ministère de l’Éducation nationale et l’implication directe du gouvernement afin d’aboutir à des solutions concrètes.
Mais au-delà du cadre légal, c’est surtout la question salariale qui cristallise la colère. « Les enseignants travaillent à temps plein pour des salaires qui ressemblent à du temps partiel », dénoncent-ils.
Hausse du carburant et précarité : une situation explosive
La récente augmentation des prix du carburant sur le marché local aggrave une situation déjà critique. Dans un contexte de vie chère et de précarité généralisée, les enseignants voient leurs conditions de vie se détériorer davantage.
Les syndicats réclament ainsi une revalorisation immédiate des salaires, qui devra être intégrée dans le budget rectificatif en préparation. Ils demandent également un renforcement des avantages sociaux pour compenser la hausse du coût de la vie.
« Le rôle de l’État est de créer des conditions de travail adéquates pour les enseignants », ont-ils rappelé, soulignant qu’un salaire décent est indispensable pour garantir la qualité de l’éducation.
Vers une mobilisation nationale des enseignants ?
Face à ce qu’ils considèrent comme une absence de volonté politique, les syndicats haussent le ton. Ils annoncent que la mobilisation est en préparation et qu’elle sera portée par l’ensemble du corps enseignant.
Un avertissement clair est lancé au gouvernement : si aucune mesure d’accompagnement n’est prise après l’augmentation des prix du carburant, une mobilisation nationale pourrait être déclenchée.
« Nous lançons un appel à tous les acteurs du système éducatif à se mobiliser », a déclaré le responsable de l’UNNOEH, tout en laissant une dernière porte ouverte au dialogue.
Pour l’instant, les syndicats affirment rester dans une posture d’observation et de bonne foi. Mais sans signaux clairs du ministère de l’Éducation nationale et du gouvernement, la situation pourrait rapidement se transformer en mobilisation pour exiger la satisfaction de leurs revendications.
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