Insertion demandée
39 ans de la constitution de 1987: l’ex sénateur Desras lance un appel à la Nation

Chers compatriotes, amis et alliés d’Haïti
Citoyennes, Citoyens, Jeunesse de mon pays,
La Démocratie est l’âme de la vie publique dans le monde moderne et la porte d’entrée du temple de l’Inclusion Sociale, de la Liberté et du Droit. Haïti a émergé à la liberté en 1804 et son histoire repose sur un ordre constitutionnel et légal dont les constantes consacrent les droits du peuple, sa souveraineté, sa participation à la chose publique, ses aspirations à la paix et au bonheur…
Cependant, le peuple haïtien, contraint de lutter contre l’héritage colonial et ses avatars chroniques d’enchainement de l’esprit, de prédation du bien public, de mutilation du corps social, d’aliénation du champ culturel, peine encore sur les chemins glissants et malaisés de cette terre promise qu’est la Démocratie.
Le 29 mars 1987, le peuple haïtien scellait un pacte sacré avec l’histoire. Au sortir de la dictature, nous avons choisi la voie de la démocratie, de la souveraineté et de la justice sociale. Cette Constitution n’était pas qu’un simple texte juridique ; elle était le plan d’architecte d’une nation nouvelle où l’arbitraire n’aurait plus sa place.
Nous ne vivons plus que de réminiscences et de rêves, dans cette conjoncture délirante et mortifère.Nous sommes prisonniers de nos cogitations silencieuses. Nos timoniers sont mis en laisse par des bandits de grand chemin et s’empêtrent dans les rets d’inhibitions diverses.Pour parodier Victor Hugo, nous vivons «une déroute géante à la face effarée». Compagnons de combat, peuple de patriotes, cohortes, revendicatives, frères et sœurs, amis et alliés, …Menons ensemble, jusqu’au bout le bon combat, celui du droit à la vie, de l’unité tactique, du partage et de la paix féconde. A cette fin, nous avons besoin d’un bon moral et d’un courage à toute épreuve.
Le constat d’une trahison
Si nous traversons aujourd’hui l’une des heures les plus sombres de notre existence de peuple, ce n’est pas par défaillance de nos lois, mais par leur violation systématique.
Depuis trop longtemps, des forces conservatrices s’acharnent à saboter cet idéal. En combattant l’esprit de 1987, elles ont réussi à confisquer l’État au profit d’intérêts mesquins, transformant la chose publique en un butin pour quelques élites au mépris de la majorité.
Pendant que les couloirs du pouvoir s’enferment dans l’indifférence, le peuple haïtien subit l’innommable. Sa souffrance est réelle, son cri est étouffé, et sa dignité est chaque jour piétinée.
Aujourd’hui, nous ne faisons pas face à une simple crise politique, mais à un véritable anéantissement de l’édifice républicain. La Constitution de 1987 avait instauré un équilibre délicat entre les pouvoirs pour protéger le citoyen contre l’absolutisme ; cet équilibre a été sciemment rompu.
Le document intitulé « Pacte de Gouvernabilité »
Le document intitulé « Pacte de Gouvernabilité » présenté par Monsieur Fils-Aimé et ses alliés est une dénomination impropre masquant une volonté unilatérale de domination .
Une véritable transition exige non pas un « Pacte » imposé, mais un Accord issu d’un consensus national réel ;
Les articles 2, 3 et 6, entretiennent un flou sur l’origine et l’étendue des pouvoirs exécutifs . Ce qui ouvre la voie à l’arbitraire . Le pouvoir de Fils Aimé n’a aucune base légale , aucune base sociale , aucune base populaire .
Les articles 20, 21 et 22, qui créent un « Comité Consultatif » factice, privé de tout pouvoir réel, simple décorum pour masquer un absolutisme de fait . Aucun organe de contrôle .
L’article 25, tente de consacrer l’« illimitisme » du pouvoir exécutif, transformant une transition provisoire en un régime sans fin .
Dans un excès manifeste , Monsieur Fils-Aimé et ses acolytes , dans un mépris total de la souveraineté populaire, se sont arrogés le droit de rédiger en vase clos un texte sur lequel la population n’a jamais été consultée ;
Naïveté ou égoïsme , les signataires du Pacte, par appât du gain ou manque de vigilance, ont adhéré aveuglément à un document dont ils n’ont manifestement pas saisi les enjeux destructeurs pour la démocratie ;
Ce que nous vivons avec l’administration de Monsieur Fils-Aimé n’est pas une transition vers la démocratie, c’est une dérive autoritaire sans précédent . Sous nos yeux, le pouvoir se concentre, se verrouille et s’isole. Nous assistons à une véritable captation de l’État par un clan qui semble avoir oublié que le pays est à genoux.
On nous parle de « pactes » et de « consensus ». Mais de quel consensus s’agit-il ? C’est une insulte à l’intelligence du peuple haïtien ! On signe un pacte entre amis, dans des salons climatisés, sans jamais consulter les structures d’opposition democratique et les forces vives de la nation, alors que nos familles sont jetées dans les rues par la violence des gangs milices. Ces signatures répétées constituent une mise en scène pour masquer un vide de légitimité.
Plus grave encore : l’ordre républicain est bafoué. Le Journal Officiel, Le Moniteur, est devenu un simple carnet de notes que l’on manipule pour valider des signatures illégales. On nous avait promis des technocrates pour sauver le pays ; on nous livre des amateurs, dont certains possèdent des nationalités étrangères au mépris de notre loi mère.
Pendant que ce cabinet se distribue les privilèges, la réalité du terrain est atroce : L’insécurité galope, Les familles déplacées croupissent dans la misère dont les conditions d’existence expriment l’échec de nos élites, trahissent nos carences tout en exigeant la conception et l’élaboration d’un véritable projet partagé pour une nouvelle société haitienne , Et la corruption s’installe dans une opacité totale.
Je le dis fermement : on ne peut pas parler d’élections crédibles alors que l’État est en train de se liquider lui-même. Nous n’accepterons pas que l’avenir d’Haïti soit sacrifié sur l’autel de l’incompétence,de l’incapacite et de la cupidité.
« Nous ne sommes plus dans une transition de consensus, mais dans une captation boulimique du pouvoir resssemblant á une gouvernance kleptocratique. »
La concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, sans contre-poids,
n’est pas une solution à la crise, c’est la gestation d’une nouvelle catastrophe pour nos libertés. »
Un abîme institutionnel sans précédent
• L’État sans représentation : Pour la première fois de notre histoire contemporaine, la nation est orpheline de ses élus. Aujourd’hui, aucun fonctionnaire de l’État ne dispose d’un mandat issu des urnes. La source de la légitimité est tarie. Le Parlement, temple de la souveraineté populaire, est caduc. Les collectivités territoriales, piliers de la décentralisation préconisée par la Constitution, sont désertées. Il ne reste plus un seul fonctionnaire, de la base au sommet, dont la légitimité repose sur l’onction du suffrage universel.
• La décennie du silence démocratique : Voilà dix ans que le droit de vote nous est confisqué. Sans élections, la démocratie s’éteint au profit de l’arbitraire. Depuis dix ans, le contrat social est rompu. Le refus délibéré d’organiser des élections a transformé le droit de vote — ce droit conquis de haute lutte — en un souvenir lointain. Cette absence de renouvellement du personnel politique n’est pas un accident de parcours, mais une stratégie de maintien au pouvoir par le chaos.
• L’Exécutif en roue libre : Dans ce désert institutionnel, ceux qui occupent le pouvoir s’y maintiennent sans aucun mécanisme de contrôle. Aucun contre-pouvoir n’est là pour questionner l’usage des fonds publics, aucun juge n’est en mesure de garantir l’impartialité de l’État. L’assassinat tragique d’un Président en fonction dans sa propre résidence n’est que le symptôme ultime de cet effondrement de la sécurité et du respect des symboles de l’État.
• Une Justice sous tutelle ou paralysée : Le pouvoir judiciaire, dernier rempart contre l’arbitraire, est lui aussi asphyxié, empêché de dire le droit et de protéger les plus faibles contre la violence des nantis et des groupes armés.
Ce vide n’est pas seulement administratif, il est moral. Lorsque les institutions s’effondrent, ce sont les droits fondamentaux du peuple qui s’évaporent : le droit à la vie, à la sécurité, à l’éducation et à la dignité.
L’appel au sursaut national.
À vous, la Jeunesse Haïtienne, je lance un appel vibrant. Vous êtes les héritiers de 1804 et les gardiens de 1987. Le chaos actuel n’est pas une fatalité, c’est le résultat de l’irresponsabilité des hommes et des femmes ..
Il est temps de dire « assez ». Il est temps d’exiger le retour aux règles constitutionnelles et de reconquérir notre souveraineté nationale. Nous devons cesser d’attendre des solutions venues d’ailleurs qui ne font qu’effleurer nos plaies sans les guérir.
La solution sera haïtienne ou elle ne sera pas.
Nous devons admettre l’urgence d’une mise en commun pour refaire la nation qui s’étiole et reprendre ce Pays qui nous échappe. La crise qui nous ronge depuis cette difficile transition, elle est aigue ; les causes méritent d’être corrigées dans la perspective d’une société plus active, juste et solide. En ces temps de grande préoccupation, la fraternité est nécessaire et , en disant de la sorte , je pense aux enfants aux vieillards, aux opprimés et aux victimes.
Notre Pays a besoin de l’intelligence de ses enfants, de leur compétence et de leur énergie positive pour sortir de ce marasme qui prend chaque jour de nouvelles proportions.
La trace laissée par l’année qui se termine restera à jamais dans la mémoire collective, tant elle aura été difficile et sanglante. En 2026 nous devrons faire face à de nouvelles épreuves,de grands événements tant sur le plan national qu’international. Soyons forts !
Mes chers compatriotes, mon message est un appel à faire cette grande solidarité nécessaire pour arrêter la déraison qui habite chez nous, depuis trop longtemps.
L’histoire ne va pas vite ! Nous devons la construire. Les intérêts contraires, les passions, le sous-développement ne permettent pas d’espérer que notre société trouve rapidement son point d’équilibre. Malgré tout, 2026 doit être l’année du changement.Voilà pourquoi nous sommes obligés de consentir cet effort d’intelligence et de solidarité, pour sortir le pays ans cette situation mortifère .
Nous devons admettre l’urgence de reconstruire ensemble la Nation qui s’étiole et reprendre ce « Pays » qui nous échappe.
Aux acteurs de tous bords qui nous écoutent, nous conseillons de faire des choix historiques et d’en partager le capital politique pour des retombées collectives, heureuses et payantes pour l’avenir du pays.
Nous adressons, au nom des populations souffrantes , une citation d’honneur à ces secteurs secteurs vitaux de la Nation qui vont une fois de plus accompagner la population en désarroi et aider à préserver les acquis démocratiques, combien précieux pour le bien-être et l’épanouissement du peuple haïtien.
Nous voulons compter sur les efforts de l’Exécutif de fait , des Partis politiques représentatifs, de la Société civile, des organisations militantes non fictives, des institutions socioprofessionnelles, de Barreaux d’Haïti, des organismes reels de droits humains, engagés dans la recherche de solutions adaptées et viables pour une gouvernance qui privilégie la primauté de la liberté d’aller et de venir, le dialogue et le consensus.
Il me parait pertinent, dans l’entrechoc actuel d’intérêts divers, de dégager, à la haute attention des hommes d’Etat et de tous les citoyens et citoyennes, la notion d’intérêt général si absent dans notre vie de peuple et autour duquel les forces vives du pays doivent être rassemblées pour construire le consensus .
La Nation, une fois de plus, sollicite de leurs convictions et de leur dévouement un appui constant et tenace pour éviter au pays la voie d’une guerre civile imminente .Je dirige mes pensées vers vous tous et chacun en particulier, mes chers compatriotes, devant notre déconfiture qui invite la nation à se ressaisir, pour que vienne enfin cet appel au réveil patriotique et à la grande solidarité susceptible d’arrêter la déraison qui habite chez nous, il y a trop longtemps.
Il nous appartient de reconstruire nos institutions, de restaurer l’autorité de la loi et de remettre Haïti sur les rails du progrès. C’est par notre unité et notre courage que nous rendrons à cette terre sa splendeur et à son peuple sa liberté.
Que l’esprit de la Constitution de 1987 guide nos pas vers cette nouvelle indépendance.
Vive Haïti ! Vive la Constitution !
Simon Dieuseul Desras
Ex Président du Senat de la Republique d’AYITI.
En savoir plus sur Lentille Info
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
