Sport

Camp Nous : quand Dr Yves « Dadou » Jean-Bart revient sur ce centre d’élite dédié aux talents sportifs

Ancien président de la Fédération haïtienne de football (FHF), journaliste sportif respecté et PDG de Radio Télé Galaxie, Dr Yves Jean-Bart revient sur l’histoire et la portée du centre de formation Camp Nous. Pour lui, ce projet représentait bien plus qu’une académie sportive : un véritable rempart contre l’exclusion sociale et la dérive des jeunes vers le grand banditisme. Sa fermeture puis son incendie constituent, selon lui, une perte stratégique majeure pour l’avenir du football haïtien et pour toute une génération, lors d'un entretien accordé à la rédaction de LentilleInfo.

Pour  Dr Yves Jean-Bart, Camp Nous n’était pas un projet isolé. Il s’inscrivait dans la continuité d’une vision amorcée avec Opération 2006, lancée sous l’impulsion de l’ancien ministre des Sports Evans Lescouflair.

« Camp Nous était le premier pas vers la mise en place d’un programme de développement structuré et moderne du football haïtien », affirme-t-il.

L’objectif était clair : professionnaliser le football en Haïti, sortir de l’amateurisme et offrir aux jeunes talents une formation sportive et académique complète. À travers l’ENTS, des centaines de jeunes étaient recrutés chaque année selon des critères techniques et scolaires rigoureux.

Des joueurs comme Charles Hérold Jr, Peter Germain, Ricardo Pierre-Louis, Brunel Fucien ou encore Carlens Arcus sont issus de cette dynamique.

Selon Dr Jean-Bart, cette structuration permettait à la FHF d’éviter les sélections improvisées lors des compétitions internationales U14, U15, U17 et U23. Il rappelle qu’entre 2004 et 2006, Haïti a remporté le championnat U15 de la Caraïbe, avant de décrocher une qualification historique pour la Coupe du monde U17 en 2007 en Corée.

Un centre de formation d’élite après le séisme de 2010

Après le séisme du 12 janvier 2010, la Fédération haïtienne de football a profité de l’élan de solidarité internationale pour lancer officiellement le projet Camp Nous.

Le nom du centre a été choisi par des donateurs allemands ayant organisé un match de gala à Munich en souvenir du passage de la sélection haïtienne en 1974.

Trois bâtiments ont été construits pour les salles de classe et les dortoirs. Cinq terrains de football, dont un réglementaire avec éclairage, ont été aménagés. Une polyclinique médico-sportive dotée d’équipements sophistiqués d’une valeur avoisinant un million de dollars – don de la FIFA – a également été installée.

« C’était une structure très avancée et surtout très organisée », insiste Dr Yves Jean-Bart.

Le centre disposait d’un encadrement médical complet, de spécialistes bénévoles, d’un réseau international d’hôpitaux aux États-Unis et en France, et d’un gymnase moderne équipé par la maison Valerio Canez.

Camp Nous : éducation, langues et carrière internationale

Au-delà du football, Camp Nous proposait un cursus scolaire agréé par le ministère de l’Éducation.
« Nous voulions faire du football un instrument de lutte contre la misère et l’exclusion », explique l’ancien président de la FHF.

Les jeunes bénéficiaient d’un programme académique adapté aux calendriers des compétitions internationales. L’anglais et l’espagnol étaient prioritaires afin de préparer les joueurs et joueuses à une carrière à l’étranger.

En 2020, six jeunes filles blessées aux ligaments du genou ont été opérées à Houston, au Texas, avant d’être rééduquées et renvoyées en Haïti avec le matériel nécessaire.

Pour Dr Jean-Bart, le développement du football féminin représentait un axe stratégique. Dès 2019, des joueuses haïtiennes évoluaient déjà au Chili, au Canada et en France. « Nous avions des demandes en attente du monde entier », souligne-t-il.

Fermeture, pillage et incendie : « une perte stratégique pour la jeunesse »

La fermeture du centre, suivie de son incendie, laisse un goût amer à l’ancien dirigeant.

« Dans le contexte haïtien, il est difficile d’imaginer qu’un centre abandonné pendant plus de cinq ans serait resté intact », déclare-t-il.

Il évoque la disparition de centaines de lits superposés, de milliers de matelas, de panneaux solaires, de batteries, d’uniformes et de matériels médicaux sophistiqués avant l’attaque des groupes armés.

Pour Dr Jean-Bart, seule une enquête indépendante permettra d’établir les responsabilités.

Mais au-delà des pertes matérielles, Dr Yves Jean-Bart insiste sur la dimension sociale : « Fermer un terrain de football, c’est ouvrir une prison. »

Dans un pays confronté à l’insécurité et au recrutement massif des jeunes par les gangs armés, la disparition d’un centre comme Camp Nous constitue, selon lui, un recul majeur.

Quel avenir pour le football des jeunes en Haïti ?

Dr Yves Jean-Bart appelle à une vision nationale forte pour le sport. Il rappelle que près de 40 joueuses haïtiennes ont signé professionnelles en France ces dernières années, preuve du potentiel du pays.

Selon lui, Haïti ne peut se contenter de compter sur des expatriés pour représenter la nation. « Il faut prendre en charge nos jeunes ici, chez nous, et développer un programme structuré comme Camp Nous », martèle-t-il.

Son souhait est clair : reconstruire un modèle durable, sécurisé et décentralisé, capable de transformer le football en véritable levier de développement. Pour Dr Yves Jean-Bart, l’avenir du football haïtien passe par l’investissement massif dans la jeunesse, la formation et la continuité des politiques sportives.

Dr Yves ( Dadou) Jean Bart en profite pour remercier de nombreux compatriotes. Des intellectuels ont apporté un concours capital. Tous les professionnels — médecins, intellectuels, artistes, éducateurs — ont largement collaboré. Webens Princimé (ITALA) dispensait des cours d’espagnol. Ma fille, Melissa Jean-Bart, animait des cours d’anglais le week-end. La Dre Marie-Antoinette Gauthier les entretenait sur les droits des femmes et animait des causeries sur la culture haïtienne.
Notre constat était clair : plusieurs jeunes footballeurs ne parvenaient pas à s’imposer à l’étranger en raison d’un manque évident de formation. Cela les rendait timides et renfermés, non pas à cause d’une faiblesse dans le jeu, mais d’une timidité forcée, née de la peur de mal s’exprimer sur leur pays. La communication constituait donc un axe essentiel de leur formation. Ce n’est pas un hasard si Corventina, Batcheba et Nérilia s’expriment aujourd’hui avec aisance sur de grandes chaînes de télévision françaises ou anglaises. Mme Joseph Nella, l’Institut français d’Haïti et d’autres patriotes ont également contribué bénévolement à cette œuvre.

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